Cessons de réduire Pourim à une agitation costumée, à une pédagogie du bruit, à une mise en scène infantile où la mémoire d’un décret d’extermination finit noyée dans les confettis, les cris et l’ivresse sans conscience. Car ce que le Talmud (Meguila 14 A) nous enseigne, avec une dureté admirable, va exactement dans le sens inverse de cette vulgarisation festive : si l’on ne dit pas le Hallel à Pourim, c’est qu’il ne s’agit pas d’une délivrance pleine et entière. Nous avons été sauvés, certes, mais nous sommes restés les serviteurs d’Assuérus. Nous avons échappé à la destruction, mais nous ne sommes pas sortis de la dépendance. Nous avons survécu à la volonté d’anéantissement, mais nous ne sommes pas redevenus sujets de l’histoire.
