L’UNITE DES HEBREUX EN QUESTION (1/3) – Par Rony Akrich

by Rony Akrich
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L’UNITE DES HEBREUX EN QUESTION (1/3) – Par Rony Akrich

Il est permis d’effacer une ou plusieurs lettres d’un Sefer (rouleau) Torah quand il est encore en plusieurs parties de parchemins séparés. Une fois cousu, il devient sacré et il est défendu d’ôter la moindre lettre !
Ces dernières symbolisent chacune des âmes du peuple d’Israël : une fois réunies, aucune ne peut être supprimée.
Pourtant, certains affirment qu’il devient de plus en plus difficile d’aimer ses frères Juifs, ou plus précisément, il devient de plus en plus difficile d’aimer ces Juifs qui ne nous ressemblent guère.

Nombreux sont-ils parmi les orthodoxes à estimer que le reste de la communauté juive est obnubilée par le dénigrement de l’orthodoxie et l’abandon de la Torah.
Les non-orthodoxes estiment que l’État d’Israël, sous l’emprise des orthodoxes, refuse toute autre forme de Judaïsme tout en devenant la proie d’une politique communautariste.
Les porte-paroles officiels de l’orthodoxie exhibent une caricature grossière des différentes mouvances au sein du Judaïsme.
Chaque minorité juive se pose en victime de tous, d’une part, mais d’autre part, et dans un même temps, ne se gêne pas pour les agresser toutes. Liaisons dangereuses pour un devenir commun.

Les victimes peuvent cultiver leur rage sans fin, et demander réparation sans souci. Si chaque Juif persiste à vouloir revendiquer son seul particularisme, sans aucune adhésion, pleine et entière, au mouvement national, il accroîtra sa souffrance d’état victimaire.

Dans une telle conjoncture sociale et politique, si nul n’y remédie, nous allons une nouvelle fois vers la guerre civile.

La sociologie a mis en lumière les difficultés de communication posées aux communautés divergentes, ou aux individus différents, de par leurs origines et amenés à devoir vivre ensemble. Dans le cas où le retour au pays de nos Ancêtres reste l’idéal impartial, il arrive que ceux qui s’accrochent, bec et ongles, à leur passé, aux valeurs d’ailleurs, à leurs us et coutumes révolus, s’intègrent au plus mal. Une petite étape communautaire, limitée dans le temps, serait alors nécessaire pour se protéger de la dureté du changement, pensent certains. La référence dominante, ici, doit être celle de la mosaïque : chaque élément reste lui-même tout en contribuant à l’ensemble. Pour qu’une génération intègre la culture du pays d’accueil, pour que l’école, la société et la famille arrivent à faire leur travail d’éducation, il faut aussi du temps.

Dans un autre cas, lorsque les différences se vivent impitoyablement aspirées dans le creuset commun, ou contraintes d’abandonner leurs spécificités, alors, le ressentiment s’installe parfois, produisant, ainsi, l’effet inverse de celui escompté : le refus à retardement de s’intégrer davantage.
Dans un troisième cas, devenir le citoyen à part entière de son pays d’accueil répond à une quête inlassable et voulue, cela suppose donc d’oublier son pays d’origine et réprimer, en soi, ce vouloir comparer l’incomparable.

Quelle que soit la profondeur de nos blessures,
Quelle que soit la force de la rhétorique,
Il n’est jamais trop tard pour prendre du recul, pour affirmer notre unité et notre désir de lien au ‘tous ensemble’. Au service de l’unité d’Israël, dans l’intérêt de Tsion, je m’offre quelques réponses à quelques-uns de mes principaux ressentis victimaires. Ils affligent tout ou partie de notre peuple aujourd’hui, bien que la réalité des choses ne soit pas aussi mauvaise qu’il y paraisse subjectivement.

Il n’y a plus de terrain d’entente entre le Judaïsme orthodoxe d’un côté, et le Judaïsme des conservateurs, des réformistes, des pionniers et des renouveaux de tous genre : on ne parle que « d’eux » et de « nous ». En substance, et face à ce sentiment, il faut reconnaitre le dynamisme inhérent au Judaïsme orthodoxe : il a créé diverses communautés qui observent vraiment le shabbat et les fêtes, surveille une alimentation strictement casher et a fait de l’étude de la Torah un véritable étendard. Leurs travaux ont abouti à des traductions du Talmud et de la Michna, à de nombreux guides sur la pensée et la pratique orthopraxes. 20000 Juifs orthodoxes se sont réunis pour célébrer la fin d’un cycle de sept ans de lecture de l’ensemble du Talmud, un événement intellectuel et pédagogique impossible à atteindre dans le monde non orthodoxe.

Le Judaïsme séculier, en revanche, occasionna et généra un fort engouement et une énorme innovation dans la propension à plus d’égalité et dans la mise en œuvre de la sagesse du Judaïsme auprès des multiples maux, sociaux et intellectuels, pressants de notre quotidien. Ses travaux ont eux aussi abouti à des traductions et à des éditions critiques du Midrash, de la Pensée juive et de la Théologie et utilisent la connaissance laïque pour accroître notre entendement de l’existence et des valeurs juives.
Ils créent et produisent de nouvelles approches des études juives qui n’émergent pas forcement de l’apprentissage du ‘Daf Yomi’ (étude quotidienne du Talmud). Ces rabbins, ces maitres, ces professeurs, personnalités connues et respectées dans nombre de grandes communautés, auteurs d’une littérature originale et créative, contribuent promptement à façonner les organisations et les réponses des populations juive et non juive.
Un membre influent de la communauté juive profane, qui milite actuellement pour la levée de la ségrégation des femmes dans les bus, déclare ne vouloir tout simplement que des droits égaux pour l’ensemble des Israéliens.
Les calendriers des différentes communautés semblent divers et leur pratique du patrimoine culturel semble très éloignée.

Avons-nous dorénavant, et encore, quelque chose en commun ?

Il existe deux manières nécessaires de considérer l’unité d’Israël : l’héritage et le destin.
Notre patrimoine : les éléments constitutifs à partir desquels nous construisons notre identité juive sont identiques.
Nous lisons la même Bible (même si nous l’interprétons différemment), les mêmes Prophètes, les mêmes Psaumes.
Nous citons les mêmes adages Talmudiques.
Nous étudions les mêmes exégèses.
Nous nous intéressons à la pensée juive et la philosophie, la littérature et la poésie.
Malgré de nombreuses divergences, nous sommes frappés par la similitude de la liturgie (souvent au grand dam de membres plus radicaux des mouvements libéraux).

Nos racines sont les mêmes, même si nous clarifions notre compréhension à travers différents objectifs contemporains.
En cela, l’unité d’Israël est rapidement apparente.
Cette unité est également claire en terme de destin : nous partageons un avenir commun, les antisémites renommés ne font guère de distinction entre un pratiquant et non pratiquant.
De graves défis interpellent, et confrontent, le monde juif : la sécurité d’un Etat d’Israël dynamique et démocratique, sauver les Juifs de Diaspora, défendre, en tout temps et lieux, les Juifs opprimés, renforcer les liens entre les communautés juives et le Judaïsme. Ils demeurent des questions parmi tant d’autres qui transcendent les frontières de ‘l’appellation contrôlée’ ou non.

Soit nous aborderons ces problèmes ensemble, soit nous échouerons ensemble, nul n’est à l’abri des défis et des discordes de notre époque, notre destin reste concrètement entre les mains de chaque-un, c’est-à-dire qu’il relève d’une responsabilité collective.

Beaucoup parmi nous déclarent régulièrement qu’il devrait y avoir une unité dans notre pays, arguant qu’en raison d’un manque d’harmonie, nous subissons les conflits et les tensions.

Mais parfois je me demande si les gens comprennent vraiment ce qu’ils disent.

Je pense qu’un certain nombre de personnes confondent sérieusement l’unité avec l’uniformité. Les deux sont en fait très différents dans leur valeur et sens.
À mon humble avis :
L’uniformité représente le passé : dictature, restrictions sociales et manque de démocratie.

Elle ne tient pas compte des différences d’idées, de croyances, de formes et de couleurs. Au lieu de cela, elle cherche à éliminer toutes les diversités en créant une société «unique». Le système d’uniformité repose sur la force pour provoquer un changement ou atteindre certains objectifs. Dans les cas extrêmes, cela signifie utiliser la violence pour atteindre un objectif particulier. L’un des aspects de cette thèse est d’exiger qu’une autre partie change ou se conforme afin de parvenir à un accord, à la paix ou à la prospérité. La conformité ne permet ni négociation ni compromis.
En revanche, l’unité valorise les différences.

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