Conjuguer son « Etre »

by Rony Blog
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Tous les commentateurs remarquent que le caractère si particulier de Simhat Tora, forgé au fil des siècles, n’est pas mentionné explicitement dans le texte biblique. En fait, cette fête est appelée, d’après la Tora, « Shemini Atséret » : elle ne représente que la clôture, au huitième jour, des festivités de Souccot. D’ailleurs, Souccot et Simhat Tora sont dénommées « le temps de notre joie ».
Les trois « fêtes de pèlerinage » du calendrier hébraïque sont pour nous l’occasion de réjouissances particulières, mais Souccot et Simhat Tora constituent par excellence les festivités de la joie.
Cette « joie » que nous avons pour prescription d’extérioriser lors des fêtes de Souccot et de Simhat Tora, contraste singulièrement avec l’atmosphère de recueillement quelque peu sévère que l’on a vécu juste avant, lors des austères journées de Rosh Hashana et de Kippour.
A force de vouloir aller à la rencontre de l’Eternel pour nous faire pardonner nos égarements, nous pourrions, pendant cette période de repentir, quitter ce monde pour pénétrer dans les sphères de la spiritualité.
Il faut bien comprendre que même si l’univers de la spiritualité est bien un modèle de perfection pour notre âme, il nous est impossible de faire abstraction de ce monde-ci: il ne s’agit en aucun cas de refuser la vie qui nous a été accordée ici-bas par Dieu, mais seulement de vouloir la purifier. Et c’est pourquoi, à peine avons-nous terminé d’expier nos fautes devant l’Eternel et de reconnaître, dans la plus parfaite abnégation, la royauté divine lors de la prière de Neïla clôturant Yom Kippour, nous nous précipitons dehors pour construire une petite cabane, bien matérielle celle  Renforcés par le travail spirituel de ces journées austères, nous parvenons à sanctifier cette habitation provisoire, ainsi que le fameux « bouquet des quatre espèces », que Dieu nous demande d’agiter, afin de nous réconcilier avec la vie dans toute sa plénitude.
Evitons systématiquement de contrarier la Tora, celle ci ne va nullement à l’encontre de la nature humaine: elle n’a pas le désir d’aliéner le monde d’ici-bas, en lui imposant artificiellement un autre monde qui le déchirerait cruellement ! Au contraire, elle vient aider l’être humain à dévoiler son propre monde intérieur dans toute sa splendeur, sa pureté et son élévation. L’observance des mitsvot ne peut se faire dans la tristesse, mais dans une joie intérieure la plus profonde.
Le Rambam précise que la joie procurée par une simple bonne action – cette joie de faire le bien et d’accomplir la volonté du Créateur – estompe toutes les difficultés et transforme le dur effort de la mitsva en un monde de délices.
Certes, notre vision du monde n’est pas celle d’Epicure, qui considérait que la finalité de l’existence humaine était de jouir pour le seul plaisir. Pour la Tora, la finalité de notre présence sur terre est de faire le bien : nous ne recherchons  le plaisir, le bonheur, qu’au travers du Bien et du Bon!
C’est le même Dieu qui a créé la responsabilité humaine et la moralité, il ne peut y avoir d’antinomie entre ces deux dimensions de l’être. Les commandements de la Thora conviennent à l’identité profonde de l’homme Hébreu, de même que le message universel des lois morales est conforme à la nature profonde de l’être humain en général.
Lorsque l’homme juif accomplit une mitsva, il se rencontre lui-même et dévoile sa nature la plus authentique, car toute mitsva fait partie du « naturel » de l’homme Hébreu!
Nous devons comprendre qu’avant d’avoir été écrite sur un parchemin avec de l’encre, la Tora a d’abord été gravée au plus profond de notre nature humaine. A la limite, nous serions à même de pouvoir redécouvrir, ou plutôt réinventer la Tora en écoutant le discours de notre âme.
Nos patriarches Abraham, Itzhak et Jacob respectaient l’ensemble des commandements avant d’en avoir reçu l’ordre divin : « la plume de leur âme les avait inscrits sur les parchemins de leur existence ». Bien évidemment fort éloigné de ce degré de sainteté de nos trois patriarches, notre propre naturel est enfoui sous une montagne de déchets, et il nous faut impérativement un guide susceptible de nous indiquer quelle est cette véritable nature qui est la nôtre.
C’est pourquoi la journée de Simhat Tora, point central du cycle annuel de lecture de la Tora, est pour nous débordante de joie sincère et profonde: c’est un jour où nous donnons libre cours au bonheur profond de l’être qui a réussi à dominer les plaisirs d’un temps pour le plaisir de tout le temps. C’est aussi l’expérience que l’homme traverse lorsqu’il se rencontre avec lui-même et lorsqu’il parvient, au cœur même de son être, à insérer des aspects qui lui faisaient défaut jusque-là.
Nous sommes foncièrement optimistes et convaincus qu’en fin de compte, l’humanité retrouvera sa droiture originelle. L’homme redeviendra tel que Dieu l’a créé: droit et intègre ! De la même manière, nous sommes également certains que l’ensemble du peuple juif retrouvera son hébreu, sa terre et sa Thora: ne dit-on pas que si l’on chasse le naturel, il revient au galop?
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