“Et Sarah mourut à Kiriat Arba…” (bereshit 23,2) par Rony Akrich

by Rony Blog
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Un moment difficile dans la vie d’Avraham puisqu’il survient au lendemain d’une des épreuves les plus éprouvantes pour le patriarche, la mise en examen de sa foi sur les hauteurs du mont Moriah.
Le voici se tenant devant la dépouille de son épouse, celle qui, par son éminence, était devenue comme sa propre sœur, sa complice. Sentiment d’abandon peut être, pendant qu’il répondait à la Quête Divine de l’homme, sa bien-aimée se mourait d’inquiétude. Avraham est de nouveau frappé de plein fouet par l’évènement soudain et inattendu, la perte de l’être cher et chéri. Sarah fut une épouse, une femme, une compagne, la confidente d’une existence mouvementée et bousculée. Mais jamais rien ni personne ne put l’arrêter dans cette recherche commune d’un monde meilleur pour l’Humanité.
La Bible nous relate son histoire et le commentaire explicite la teneur de ses  années: «elle fut à 100 ans comme à 20 ans (dans le corps et l’esprit), comme à 7 ans (dans la beauté de ses traits)». Une femme forteresse que nul ne put ébranler, sauf la certitude d’avoir perdu un fils tant désiré, tant attendu et source de tant de promesses.
C’est l’aventure de cette grande Dame de l’Histoire, Mère d’une toute nouvelle Nation, qui sera relatée durant l’oraison funèbre.
Avraham prononcera ces mots envahi par le chagrin, laissant ses larmes naître, dans ce regard marqué par l’adversité, puis s’écouler sur ses joues creusées. Moment incisif que celui de la perte d’un être précieux, moment également d’un bilan de vie. Quoi de plus louable, pour la mémoire de la défunte, que son vécu, ses épreuves, ses réalisations et ses passions portées à la connaissance de tous.
«Avraham ayant rendu ce devoir à son mort, alla parler aux enfants de Heth… » (bereshit 23,3)
Et si tout ce qu’il endura ne suffit point, voici notre patriarche parti pour négocier avec Efron le Hittite, propriétaire momentané de la terre, le droit de donner une sépulture à sa femme au lieu-dit concédé et promis par l’Eternel Créateur.
Avraham, futur seigneur du terroir cananéen, se retrouve ainsi dans une énième situation anachronique, où sans perdre de son assurance, il décidera, de nouveau, de prendre le taureau par les cornes.
Fidèle aux règles de bienséance d’antan, il sèche ses larmes, lave son visage et enfouit sa douleur.
En quoi est-ce si important à cet instant?
Nous touchons ici aux sources mêmes de la foi d’Avraham en D.ieu, c’est-à-dire d’une philosophie de la vie au vu et su du Projet Divin quant au devenir de sa Création.
La rencontre avec autrui, quel que soit cet autre, doit se dérouler dans le plein respect et la reconnaissance totale de ce prochain. A cet effet, l’ingrédient offert par l’Eternel demeure à tout jamais le seul et unique moyen d’épicer et d’octroyer du goût à toute altérité, vous l’aviez deviné, je parle d’Amour.
Le patriarche, malgré sa peine, demeure constant et pareil à lui même, en toutes circonstances et toutes occasions, son amour des autres reste le fil conducteur de son existence.
Il pouvait souffrir la souffrance de tous mais, jamais au grand jamais, accepter que l’on souffre sa propre souffrance.
Quelle leçon bonne gens!
Dans un monde où les soi-disant êtres se vident de toute âme, voila donc l’être Hébreu qui, depuis Hevron, transmet un message fondamental à l’Humanité.
Le Respect de la Création et de la Creature nous assure de notre devenir incontournable, l’Œuvre Divine évolue inexorablement, envers et contre tous les aléas de son Histoire, vers le Bien, le Bon et la Vérité absolue.
Il faut apprendre à se défaire de ses boulets afin de mieux entendre et comprendre les raisons de sa présence, vouloir donner un sens à sa vie.
Quel fossé entre Avraham et l’homme de la rue ?
Ce dernier traîne à longueur de journée le poids de ses souffrances intérieures et ne sait comment se mesurer aux vissicitudes du moment et aux turpitudes de son existence. Au sein de cette Histoire pleine d’enseignements j’y découvre mes ancêtres, ceux à partir desquels je fus sculpté, ceux dont le cœur bat encore et toujours parmi nous, ceux dont la dimension d’être nous sert de mesure étalon.
Mon patriarche est cet homme empli d’un amour incommensurable pour la Création, même et qui plus est dans les instants de douleurs et de peines.
Il ne cherche nullement à se faire reconnaître mais plutôt à faire connaître D.ieu au travers de son vécu personnel et familial.
La morale est un appel à ma responsabilité à l’égard d’autrui. Cette responsabilité, nul ne peut l’assumer à ma place, et elle me chasse de tout centre personnel, elle me chasse de moi vers l’autre.
L’amour surmonte la dualité et rétablit le lien originel que la pensée tend à rompre. Elle remémore la source consciente dont elle provient, l’origine au sein de laquelle elle est, elle-même, apparue au cœur de l’Être.
 
 
  
 

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