Le sergent Moshe Yitzhak HaCohen Katz ז״ל, 22 ans, originaire de New Haven, dans le Connecticut, tombé au combat dans le sud du Liban, incarne à lui seul le sens profond de la sortie d’Égypte : quitter les servitudes de l’exil pour entrer, debout, dans la liberté, la responsabilité et l’histoire. Individuellement, ces garçons et ces filles qui s’engagent dans les rangs de l’armée d’Israël afin d’en devenir des citoyens à part entière sont la preuve presque ineffable, éclatante, du sens même de l’Exode : cette volonté d’aspirer à la liberté, de la retrouver, et de reconquérir la capacité d’être et de devenir. Comme lui, ils rappellent qu’être libre ne signifie pas vivre sans charge, mais consentir à porter le destin de son peuple, de sa terre et de son État. Par son engagement et par sa mort, il fut un honneur pour l’État et pour le peuple d’Israël.
Mais sa mémoire est aussi une accusation. Une accusation contre tant d’éducateurs, de rabbins, de responsables communautaires et de dirigeants institutionnels de la diaspora qui, depuis des décennies, ont transmis un judaïsme d’identité sans devoir, de mémoire sans charge, de solidarité sans risque. Ils ont voulu Israël comme symbole, comme refuge ou comme motif de fierté, sans enseigner à leurs enfants que la souveraineté oblige, que l’histoire exige, et qu’un peuple ne se maintient ni par les discours, ni par les cérémonies, ni par les dons seuls, mais par des hommes et des femmes prêts à en assumer réellement le prix. Face à ces appareils communautaires trop souvent installés dans le confort, l’adaptation et la respectabilité, ces jeunes venus servir apparaissent à la fois comme une leçon et comme un verdict : eux ont compris ce que tant de maîtres officiels ont oublié. Et l’Histoire les jugera, comme elle a déjà jugé, en d’autres temps, ceux qui avaient reçu une conscience en garde et l’ont ignorée.
Que son souvenir soit béni à jamais.
Rony Akrich
