LA CROYANCE EST-ELLE CONNAISSANCE ?

by Rony Blog
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Tous les hommes ont en droit un même pouvoir de décider et tous les hommes sont aussi portés à croire.
Néanmoins, entrainer son esprit critique est une chose qui s’étudie et qui se pratique. La croyance est elle plus active et plus attentive?
Nous sommes souvent résignés à l’immobilisme du spirituel, une inertie qui est relative à notre projection aux compositions psychiques de notre propre esprit. Généralement nous ne pouvons nous défendre de croire en notre manière de penser.
L’immobilisme du spirituel fait que l’apathie peut ankyloser l’intellect, de sorte qu’au lieu d’avoir à l’esprit des pensées légitimes, fermement établies en conscience, nous conservons par habitude des pensées embrouillées et pas forcément nécessaire qui n’ont guère d’explication.
La routine entretient le spirituel dans des ornières dont on ne sort que très péniblement. Cela requiert une prodigieuse acuité d’esprit, un vif éblouissement, une perpétuelle appétence intellectuelle et spirituelle pour que l’esprit reste inlassablement acéré. Sinon, il oserait appréhender ce qui lui est purement familier comme une certitude sans appel, ce qui est communément perçu comme ce qui devrait être intellectuellement acceptable.
En résumé : croire en des pré-jugés de manière incongrue et étourdie.
C’est la flemme spirituelle qui encourage le conservatisme des idées reçues, ce conservatisme que nous ne remettons jamais en question car inquiets de tout bouleversement dans notre quotidien. Nous évitons de trop réfléchir par nous-mêmes, nous préférons dire et penser ce qui se dit et ce qui se pense.
Le conservatisme est une tournure de la foi où l’esprit s’est assoupi dans la routine.
Plus insidieuse est la nécessité de croire à tout prix, l’épuisement de l’esprit critique abandonne le champ libre à la crédulité et la crédulité peut adopter un aspect pour ainsi dire pathologique dans certains cas.
Qu’est-ce que la crédulité ? Un comportement dans lequel l’esprit ingurgite des idées reçues sans aucune interrogation.
On raconte que l’enfant est naturellement candide. Sincèrement il est aisé de le duper et l’adulte le berne souvent. L’enfant est solitaire avec son exigence de comprendre chaque chose et c’est grâce à ce qu’il nous entend lui répondre qu’il se construit au fur et à mesure. Toutefois, l’enfant en vrai est plutôt naïf, ce qui fait qu’il ouvre de grands yeux pour tout ce qui est nouveau. Ce qui est véridique dans son rapport à la société, c’est sa naïveté. Une conscience naïve est sans aucune pensée préétablie, innocente de tout préjugé.
La naïveté consent à une relation innocente, neuve au monde. La naïveté seule peut abriter ce qui est toujours neuf, en Hébreu il s’appelle « Tam » mais veut surtout dire « Intègre ».
La crédulité est tout autre, elle est une figure illogique de la pensée, disposée à croire plus ou moins à tout et à n’importe quoi, en clair le crédule accepte sans explications, mais pas forcément gratuitement.
L’adulte est un crédule mais à l’opposé de l’enfant, il a interrompu depuis longtemps son lien avec la naïveté.
Le naïf est surpris devant le monde sans pour autant sentir de nécessité à se rassurer; or la majorité d’entre nous, bien au contraire, sommes crédules quand il y a en nous une exigence émotionnelle de croire pour être tranquille.
Or, c’est une chose que de vouloir entendre ce qui nous surprend, ce qui engage la fraîcheur de la naïveté vis-à-vis de ce qui est, tout cela est très différent pour ceux qui s’évertuent à se consoler entre les bras de la croyance.
Si je ne recherche qu’à me soulager, je suis donc à priori disposé à accepter tout ce qui garantit mon opulence spirituelle, ce qui veut dire contenter mes inclinations, donc très souvent à m’offrir des illusions.
Ma croyance est là pour m’éclairer, elle n’est pas là pour me réconforter.
Nos ancêtres étaient des guerriers, voici enfin une évidence mise à jour de manière claire et limpide.
On ne nous avait point habitué à dessiner ni même à penser nos aïeux comme de vulgaires combattants, nos maitres prenaient plaisir à les présenter uniquement sous le jour de la félicité.
On nous décrivait le patriarche Abraham comme un vieux sage assis au seuil de sa tente ouverte aux quatre vents, à l’ombre des chênes voisins et toujours prêt à accueillir les voyageurs de passage, leur offrant le gite et le couvert chez celui qui était le maitre de céans, l’auteur de l’hospitalité. Son fils Itzhak, célibataire endurci, trouvait la grâce au milieu des champs, c’est là qu’il s’entretenait avec lui-même, bien sûr, mais aussi avec l’Eternel D.ieu d’Israël avant de savoir enfin converser avec sa promise, venue de si loin, sous la toile de la tente maternelle.
Son fils Jacob était considéré comme une personne intègre car en introspection perpétuelle sous la toile de la tente d’érudition.
Jamais nos ancêtres ne purent être perçus comme de vaillants généraux galopant au devant de leurs troupes. C’est certainement l’une des raisons pour lesquelles on ne s’attarda guère sur ce moment crucial où Abraham quitta le seuil de son foyer et prit la tête d’un régiment armé.
Ils se mirent en marche bien décidés à croiser le fer avec un ennemi plus fort en nombre mais peu porteur d’éthique, les Hébreux se battaient pour les leurs quand les roitelets de la région se battaient pour les leurres du pouvoir et de la richesse.
N’avons-nous pas ignoré un tant soit peu les problèmes régionaux qui condamnaient le patriarche Itzhak à devoir se mesurer avec une guérilla savamment menée par les philistins, une sorte de première intifada dans l’Histoire du Moyen Orient.
Dépités par un exil qui nous broyait à petit feu, nous préférâmes voir un Jacob acquérir la cité de Sichem uniquement grâce aux prières et aux supplications plutôt que de rêver à une réalité perdue où nos pères gagnaient leurs bons droits aussi par l’arc et l’épée (Genèse 48,22 ainsi que Rachi sur ce verset).
Nos patriarches furent de vrais combattants, mais cela ne collait guère avec l’image que certains voulaient nous présenter et où de manière subjective ils apparaissaient sous le seul jour de leur droiture morale (Avoda Zara 25A). Ce n’est pas faute de pouvoir lire littéralement dans le texte biblique leurs hauts faits d’armes mais là aussi voyez-vous, le portrait agressif du soldat ne pouvait se confondre avec cette image d’Épinal où l’homme serait exclusivement celui de la prière et de la spiritualité.
Celui qui supplia de sauver les mécréants de Sodome, celui qui s’indigna de la mort d’innocents à Sichem.
Pourquoi donc limiter la leçon!
Peut-être par nos propres réticences naturelles et légitimes face à une décadence morale des générations, face aux pertes des valeurs.
Peut-être la main de D.ieu voulant nous préserver des pathologies endémiques des nations, de ces sociétés barbares et cruelles.
Peut-être à l’égard de ces deux mille ans d’exil, loin de notre foyer naturel, où nous dûmes nous rassembler au sein de nos maisons d’étude, aux quatre coudées de la prière et de la spiritualité.
Et peut-être tous cela ensemble.
Les faits sont limpides, une rupture évidente s’était ici produite, le commentaire biblique partageait en deux entités distinctes l’approche et la mise en pratique du Livre de la Genèse, d’une part le livre de la guerre des hommes, d’autre part le livre de la morale humaine.
Nous avons réduit la dimension morale, sujette à étude et à réflexion, à une véritable peau de chagrin car définitivement détachée de la réalité existentielle, assurément coupée du domaine de l’Histoire vraie.
La colère de Jacob contre Simon et Levi éclata lorsqu’ils rentrèrent de leur incroyable opération militaire visant à punir la cité de Sichem.
Dans notre imaginaire collectif les deux garçons trouvèrent leur père dans son antre d’étude penché sur ses ouvrages quand par delà cette pièce mythique les bergers faisaient paître leurs troupeaux autour du puits.
Notre droit moral, en tant que collectif, est ainsi devenu une référence théorique fabriquée dans les laboratoires des maisons d’étude, totalement dissociée du terrain d’exercice et bien souvent de la réalité elle-même.
Nous aurions dû avoir, un tant soit peu, la force de percevoir notre père Jacob ceinturé et armé, sortant à la tète de ses troupes pour combattre l’ennemi, toute la région de Sichem se soulevait contre les Hébreux après l’agression de Simon et Levi.
Jacob s’en va en guerre bien décidé à conquérir ces villes rebelles mais sans se départir de sa foi en une morale profonde qu’il déclame très clairement avant que la bataille ne s’engage.
Ces propos n’ont rien d’abstrait, de technique mais sont le fruit d’une confrontation avec le monde réel, là il peut se plaindre de ses enfants et de leur manière gaillarde de mener le combat. Précisément, c’est seulement dans un tel contexte que notre monde moral se surélève et peut ainsi nous accompagner depuis l’intériorité de la maison d’étude vers les méandres les plus obscures de la sale guerre.
Mais il y a un autre dommage, né du fossé que nous avons creusé de nos propres mains, et qui est tout aussi grave. C’est notre incompréhension de la guerre elle-même ; suivons les élèves d’Abraham abandonnant leurs études et ce aux seules fins de poursuivre et d’éradiquer, jusqu’au terroir de Dan à la gauche de la ville de Damas, le pouvoir impie et impitoyable d’Amarpel.
Mais pas seulement, ils veulent aussi sauver le camarade Loth neveu d’Abraham et laisser derrière eux les traces d’une leçon de guerre morale pour les générations à venir.
Il dépend de la juste Morale, de cette valeur sans condition aucune, de combattre le mal où qu’il se trouve, refuser d’accomplir nos devoirs serait faire place à tous les maux et tous les malheurs.
Rappelons-nous qu’au moment où de nombreux rabbins coupaient toute relation avec le gouvernement sioniste et laïc, le Rav Goren zatsal se battit pour que Halakha et service militaire ne soient plus inconciliables. Son engagement a permis jusqu’à ce jour à des centaines de milliers de soldats de vivre dans l’environnement militaire israélien sans diminuer leur engagement religieux.
Le mythe a bien une fonction, il occupe un rôle spécifique dans la conscience collective. Il est là pour tramer dans l’imaginaire des certitudes et se substituer au néant des craintes infinies; il est là pour accorder des solutions péremptoires à des interrogations qui demeurent sans explications.
Il cède la parole à des croyances pour répondre aux demandes les plus pénibles : la présence du mal, de la souffrance, la mort, le destin de l’âme, le sens de la vie, l’existence et la nature de D.ieu etc.
Son chargement tranquillise considérablement tous ceux qui ne désirent surtout pas questionner, mais se satisfaire des interprétations qui ont obtenu la bénédiction de la tradition. En fin de compte, le mythe donne un commentaire de la réalité qui va de soi pour celui qui y croit, il permet d’échapper aux questions, en introduisant une recherche sur la complexité de l’Être.
Il infirme l’étonnement devant ce qui est, parce que l’interprétation mythique se situe hors du temps, elle ne laisse pas non plus prise à une mise en question historique.
Un esprit trop asservi par l’explication mythique du monde est sujet au fatalisme. Il végète dans un total radotage du rituel, il n’entrevoit aucune possibilité de changement créateur, il s’est emprisonné dans le conformisme de la tradition, il n’envisage nul changement.
Il est de préférence conservateur, puisqu’il n’imagine le présent qu’en fonction du passé, qu’en fonction d’un refrain archaïque, de ce qui s’est toujours fait. Il ne saisit pas le temps comme créateur, mais le temps comme un eternel recommencement.
Si la pensée mythique tend à isoler l’intelligence dans une appréciation coutumière, elle alimente aussi la croyance, elle préserve de prétendues vérités qu’il suffit de répéter.
Il n’y a plus rien à instruire, plus rien à prouver: le mythe exprime ce que l’opinion défend.
Ce système cantonne la pensée dans un monologue où la vérité est ce que l’on dit depuis toujours, ce que la tradition raconte. Le mythe, comme unique contenu de la pensée, nourrit la soumission.
En conséquence, il n’y a plus rien à chercher pour la pensée, il suffit de croire.
 

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