LE TOUT DE L’HOMME par RONY AKRICH

by Rony Blog
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altruisme

L’homme vital a placé ses valeurs dans le corps et en conséquence, il s’est fait une existence matérielle qui délaisse l’esprit et l’âme. L’homme mental a placé ses valeurs dans l’esprit, il place sur un plan élevé la valeur de la culture, le savoir, la réflexion et les œuvres de l’intelligence. Il peut délaisser largement le soin apporté au corps et n’avoir que fort peu de souci de l’âme, auquel cas il devient un pur intellectuel. Nous connaissons bien en occident ce type humain qui a souvent les faveurs de nos médias. L’homme spirituel s’est entièrement tourné vers l’âme. Il peut se détourner assez facilement de l’attrait de ce qui se rapporte au corps et de la culture de l’esprit. Il devient en ce cas un ascète religieux consumé par le désir de trouver Dieu.

De façon peut-être unique dans l’histoire des idées, la tradition mystique juive nous amène à penser que tous les termes que le langage est amené à opposer, en raison des nécessités verbales d’abstraction, d’une part, en raison de la faiblesse de la nature humaine, d’autre part, qui ne peut pas concevoir tout à la fois, que ces réalités que le langage morcelle sont unies dans leur source et dans leur nature essentielle, en Dieu.

Les textes qui font appel à l’effort de l’homme, ils font appel au tout de l’homme. Toutes nos forces sont mobilisées dans cet effort pour aimer le Dieu dont on vient de proclamer l’unité, et non pas seulement une faculté isolée.

Le fossé entre contemplation et action est aussi expression de cet abîme entre le ciel et la terre, et cela sous-entend que celui qui contemple le ciel, s’il oublie la terre, fuit la terre et déserte une mission essentielle.

Cette idée donc se fait jour, qu’il appartient à l’homme de rétablir l’unité, de réincarner la vérité céleste, de combler la fissure naturelle – fissure qui est devenue naturelle par suite de ce que l’on peut appeler la faute – et que cette tentation du choix ne peut être dépassée que par la continuité d’un immense effort dans le temps.

Un temps hébreu qui lui est rédemption active. Bergson, que nous pensons être très juif en cela, disait que « le temps est jaillissement continu d’imprévisible nouveauté », que « le temps ne serait rien s’il n’était invention et création. »

La Contemplation et l’Action, ces deux échappées sur la vérité peuvent s’aliéner dans le mensonge dès lors qu’elles perdent leur unité et leur complémentarité essentielles. Elles sont les deux pôles de l’efficace humaine, et cette efficace est brisée dès lors qu’un des pôles s’isole de l’autre.

Il ne suffit pas de dire le « Shema », de proclamer l’unité divine chaque jour; l’unité divine doit se vivre dans l’effort humain pour l’actualiser. La contemplation pure peut être, comme nous le disions tout à l’heure, narcissique, ou abolir l’efficace dont nous sommes porteurs. L’action pure est souvent aveugle, affirmation de soi plus ou moins animale. La contemplation active et l’action éclairée sont la mise en œuvre de toutes les forces de l’homme vers la vérité.

Il appartient à Israël de rappeler à tous les peuples de la terre cette révélation humaine à laquelle ils participent tous. C’est pourquoi du reste dans cette fonction de rappel, Israël est si souvent mal accueilli, mal reconnu. Il est mémoire, il est rappel, mémoire de la contemplation dans l’action, et des nécessités de l’action dans la contemplation. Il est contemplatif dans l’action, actif dans la contemplation, car il est, même lorsqu’il a des défaillances, le signe vivant de l’unité. Sa conscience est sans cesse en éveil, et c’est pourquoi peut-être quelque chose, une force obscure, a porté nos sages à se poser cette question fondamentale, à laquelle l’accule le spectacle du monde. Le judaïsme, comme l’écrit Heschel, « est le souvenir de Dieu dans la forêt vierge de l’oubli ».

L’action qui enrichit le monde spirituel, de celui de l’homme individuel, de la famille, de l’état et des autres institutions sociales, comme celle qui accroît le monde des biens matériels, artistiques et techniques, et les transforme pour le bien spirituel et matériel de l’homme, passent immédiatement par une action extérieure et même par des instruments matériels. Cependant tous ces biens sont radicalement des biens de l’esprit, parce que les uns et les autres s’enracinent dans la vérité et le bien, qui les alimentent. Ils y puisent non seulement leur existence, leur raison d’être, mais aussi leur orientation, dans l’intériorité de la contemplation de l’intelligence, et par la force créatrice de la volonté libre.

L’intelligence humaine se distingue par sa saisie des sens, par le fait que les signes (mots, gestes, images, pensées) ont un contenu, ou en langage de la linguistique, que la syntaxe qu’elle utilise a une sémantique. Sortir de la caverne, cheminer vers son for intérieur, est un voyage vers d’avantage de sens. C’est développer la capacité intuitive de l’homme de percevoir des relations entre les choses et les idées, d’approfondir sa relation en tant que partie au tout qui est le monde autour de lui, et c’est avant tout développer ce qui différencie l’intelligence d’un cerveau par rapport à l’intelligence algorithmique : la conscience de soi. Sortir de la caverne, c’est faire l’expérience de davantage de sens par une expérience du soi. Un ordinateur n’a pas de soi. Il sait, mais ne sait pas qu’il sait, alors que l’homme sait qu’il sait, et encore plus remarquable, sait qu’il ne sait pas.

C’est pourquoi bien des gens conçoivent la matière comme le contraire de la spiritualité : alors que la technique est mécanique et aveugle, la spiritualité est vivante et consciente.

L’unique objet de la spiritualité est le Soi, alors que la matière est toujours un objet ou un autre. Ainsi la matière entretient-elle l’homme dans un état d’ennui et d’inquiétude, elle est un divertissement qui laisse l’homme seul dans un vide au lieu de le laisser seul avec sa propre plénitude. La spiritualité écarte la solitude puisque elle met la conscience dans la seule relation authentique : la relation avec elle-même. On choisirait donc toujours entre deux chemins : un chemin de la matière, qui nous éloigne de nous-mêmes et nous perd dans l’inauthenticité (voilà une conception bien postmoderne de la condition humaine !) et un chemin de la spiritualité qui nous éloigne du monde moderne aliénant et matérialiste et nous ramène à notre source d’être, à notre Soi. Vue sous cet angle, le matérialisme est un mal ; il est une entrave au développement spirituel de l’homme, entre l’homme et l’homme il entrepose en trompe-l’œil ses objets scintillants et morts.

C’est à nous de parachever le processus de Création, en y apportant notre contribution personnelle, dans la réalité, en adéquation à la volonté divine. Le mal et le désordre existent dans le monde de réalité quand il s’est éloigné du monde de vérité. Le Créateur du monde nous a accordé les moyens d’acquérir le mérite de revenir à la vérité en combattant le mal et le désordre qui règnent sur la terre de la réalité, et grâce à nos efforts, le monde atteindra graduellement sa perfection maximale. Tout est prêt, tout a été créé par Dieu, par altruisme absolu, Il nous a dédicacé le plus grand des mérites: rajouter au monde la dernière touche, celle de lui faire atteindre la perfection grâce à l’effort de l’homme.

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