Les paliers de la rédemption nationale

by Rony Blog
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À Pessah, c’est notre «corps», notre existence physique et matérielle, qui fut délivré, alors qu’à Shavouot, c’est notre âme qui s’est dévoilée. Une double émancipation qui met particulièrement en valeur notre condition humaine.
En fait, Pessah viendrait comme une sorte de prélude et de préparation au couronnement sinaïtique de Shavouot.
 Pour relier ces deux grands moments du calendrier hébraïque, nous avons coutume de compter l’Omer pendant quarante neuf jours pleins et entiers.
Les Juifs ont toujours perpétué avec l’Omer la tradition de compter les jours qui les séparent de Shavouot: ce faisant, ils mettent en perspective non seulement la nécessité de la libération matérielle du peuple et de ses individus, mais également la victoire de l’esprit, grâce à l’introduction du code d’éthique absolue qu’est la Tora en tant que base indispensable au comportement moral de l’être humain.
 La Torah ne nous présente pas d’emblée les commandements avec leurs multiples ramifications, mais presque tout le livre de la genèse nous présente le comportement moral de nos patriarches et matriarches, sans mentionner spécifiquement les lois.
 Ceci signifie que les vertus, en particulier celles qui concernent les relations interhumaines, ont le primat sur les lois religieuses de la Torah.
 C’est ce que nos sages définissent: « Dere’h erets qadmah la-Torah », l’éthique précède la religion, autant sur le plan de l’individu que de l’humanité entière.
Dans les Pirkei Avoth, lus chaque shabbat durant ces sept semaines, il est écrit: « lm ein dére’h érets, ein Torah », sans éthique, il n’y a point de Torah.
 Car ce serait comme ériger un édifice sans fondements, qui s’effondrera à la première tempête.
 Mais la réciproque est également vraie :  »lm ein Torah, ein dére’h érets », sans religion, il ne peut y avoir de véritable éthique.
 Ce que le Maharal, dans son commentaire, explique : sans la pratique religieuse, l’homme s’arrête à mi-chemin, et son travail reste inachevé.
 Aussi profonds et solides que soient les fondements d’une maison, ils ne pourront jamais être considérés comme une œuvre achevée, ni comme une demeure à part entière.
N’oublions pas que le sacrifice de l’Omer, que nous amenions autrefois au Temple de Jérusalem, était à base d’avoine, alors que l’offrande de Shavouot était constituée de deux pains fabriqués à partir de farine de blé.
 En effet, l’avoine est une nourriture destinée en particulier aux animaux, alors que le blé est un aliment nettement plus noble et plus apte pour l’être humain.
En effet, notre libération de l’esclavage égyptien ne constitue pas-une fin en soi: elle doit permettre d’accepter le joug de la Tora et enseigner à l’homme l’art de maîtriser ses instincts, afin qu’il soit à même de découvrir le sens le plus authentique de la liberté.
Comme le dit le Rav Shimshon Rafaël Hirsh: «Après avoir obtenu leur indépendance nationale et leur libération matérielle, les nations de la terre se reposent et dorment sur leurs lauriers. Il n’en est pas de même pour Israël: pour la nation Juive, cette délivrance n’est pas un aboutissement, mais le début d’une nouvelle période.»          .
Le peuple d’Israël dispose donc de jours, dont le nombre correspond précisément aux quarante-neuf «degrés d’impureté» contractés par les Hébreux durant le long esclavage égyptien: ce compte de l’Omer a donc pour fonction de nous aider à nous débarrasser des carcans physiques, moraux, culturels et spirituels de l’exil, pour redécouvrir notre pureté initiale.
Cette attitude peut très bien être transposée avec précaution à notre époque: comme nous avons surmonté avec succès les plus dures épreuves de l’Histoire – étant toujours là, présents sur la scène planétaire – pourquoi ne pourrions-nous pas nous contenter de cette indépendance nationale acquise récemment avec la création de l’Etat d’Israël?
Or ce premier pas est insuffisant: il nous faut enrichir cette indépendance nationale en lui adjoignant un contenu authentique de fidélité à ce que nous sommes avant tout: les descendants des trois piliers du monde que furent les Abraham, Itzhak et Yaacov, ces croyants hors pair en l’Eternel, notre Dieu.
C’est précisément au contact de la plus épaisse des souillures engendrées par la civilisation égyptienne, que les Enfants d’Israël ont compris que sans dimension divine, la société humaine manquait de bases indispensables à son propre maintien.
 C’est donc avec leurs ultimes forces et leurs dernières étincelles de pureté que les Enfants d’Israël ont imploré leur Dieu pour qu’on les libère au plus vite de l’exil.
 Voilà pourquoi, le moment venu, l’Eternel n’a guère attendu, pour les délivrer, que leur pâte à pain lève.
 C’est à partir de cet instant précis que les Hébreux ont commencé à compter, un à un, ces quarante-neuf degrés de sainteté, et ce afin de parvenir au mont Sinaï d’où ils pourraient par la suite rejoindre la terre si promise.
Curieusement, l’indépendance de l’Etat d’Israël et la réunification de Jérusalem se sont produites à des années différentes, mais pendant la période de l’Omer.
Ceci nous permet de garantir qu’il s’agit bien là de deux étapes historiques inhérentes à la tradition du peuple d’Israël dans sa marche vers lui même, a la rencontre de son identité profonde, celle de l’être Hébreu.
 
 

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