Israël — Entre idolâtrie politique et reconquête de la souveraineté populaire. par Rony Akrich

by Rony Akrich
Israël — Entre idolâtrie politique et reconquête de la souveraineté populaire. par Rony Akrich

L’idolâtrie et la haine : deux formes d’une même bêtise

L’obsession pour Netanyahou achève de diviser les esprits.

La critique de son pouvoir, de sa longévité et de son emprise sur le Likoud est parfaitement légitime. Mais lorsque la haine d’un homme devient le principe organisateur de toute pensée politique, elle produit une bêtise symétrique à l’idolâtrie de ses partisans.

Les uns considèrent que tout ce que fait Netanyahou est nécessairement juste parce que cela vient de lui. Les autres estiment que tout ce qui s’oppose à Netanyahou est nécessairement démocratique parce que cela le combat.

Dans les deux cas, la réflexion disparaît. Il ne reste que la dévotion ou la détestation.

Le militant du Likoud confond la fidélité à son chef avec la fidélité à la nation. Son adversaire confond son hostilité envers ce chef avec la défense de la démocratie. Les deux sont enfermés dans une passion partisane qui leur interdit de regarder le système dans sa totalité.

Les uns crient : « Seulement Bibi ! »

Les autres crient : « Tout sauf Bibi ! »

Mais presque personne ne demande : quelles institutions voulons-nous ? Quelle représentation voulons-nous ? Quelle démocratie voulons-nous transmettre à nos enfants ?

Voilà le triomphe de la bêtise politique : remplacer les principes par des personnes, les idées par des slogans et la réflexion par l’appartenance.

Les partisans de Netanyahou ne défendent plus un programme : ils défendent un homme. Ses adversaires ne défendent plus une conception complète de la démocratie : ils combattent cet homme. Et le système, pendant ce temps, demeure intact.

Les chefs passent. La partitocratie reste.

Reconstruire la démocratie et la culture du peuple

Ce manifeste ne cherche pas à détruire. Il veut déconstruire les mensonges afin de rendre possible une reconstruction plus vivable, plus viable et véritablement démocratique.

Une réforme sérieuse devrait introduire une dimension personnelle dans le vote : listes ouvertes ou semi-ouvertes, représentants territoriaux, possibilité de modifier l’ordre des candidats, transparence des adhésions et des financements, limitation stricte des places réservées et responsabilité réelle du député devant des citoyens identifiables.

Le peuple pourrait alors choisir non seulement une enseigne politique, mais aussi les femmes et les hommes appelés à le représenter.

Les partis devraient redevenir des instruments de la démocratie et cesser d’en être les propriétaires. Les députés devraient servir les citoyens et non leur chef. Les juges devraient demeurer indépendants sans devenir intouchables. Le gouvernement devrait pouvoir gouverner sans s’affranchir de toute limite. Chaque pouvoir devrait être contenu par un autre pouvoir, comme l’exigeait Montesquieu, mais aucun ne devrait pouvoir confisquer la souveraineté du peuple.

Cependant, aucune réforme institutionnelle ne suffira sans reconstruction culturelle.

Il faut rendre au peuple les instruments de la pensée : l’histoire, la philosophie, la littérature, la connaissance du judaïsme, l’étude des civilisations, l’économie, le droit et la compréhension des institutions. Il faut multiplier les universités populaires, les cercles d’étude, les bibliothèques accessibles et les débats exigeants. Il faut apprendre aux citoyens non pas quoi penser, mais comment penser.

La Bible elle-même doit redevenir une source de questionnement et non un réservoir de slogans. L’histoire juive doit redevenir une expérience de responsabilité et non une justification automatique. La démocratie doit être étudiée dans ses contradictions et non vénérée comme un mot magique.

Un peuple ne devient pas cultivé par la seule présence de quelques savants. Il le devient lorsque le savoir circule, lorsque la lecture est valorisée, lorsque les idées sont transmises et lorsque la discussion publique cesse d’être abandonnée aux propagandistes, aux communicants et aux agitateurs.

Israël n’a pas besoin seulement de davantage de diplômés. Israël a besoin de citoyens cultivés.

Il n’a pas besoin d’un nouveau sauveur, d’un nouveau général ou d’un nouveau parti construit autour d’un homme providentiel. Il a besoin d’un peuple capable de juger ses dirigeants, de comprendre ses institutions et de résister aux manipulations de son propre camp.

Car un peuple privé de culture générale peut posséder des armes puissantes, des technologies remarquables et des universités prestigieuses : il demeure politiquement vulnérable.

Il croit choisir alors qu’on choisit pour lui.

Il croit penser alors qu’on pense à sa place.

Il croit défendre la démocratie alors qu’il protège l’oligarchie correspondant à son camp.

Il croit exercer le pouvoir alors qu’il ne fait qu’autoriser périodiquement les partis à l’exercer en son nom.

Il faut donc le dire, le répéter et le crier : le plus grand danger ne réside pas seulement dans ceux qui gouvernent mal. Il réside également dans une population à laquelle on n’a pas donné — ou qui n’a pas voulu acquérir — les connaissances nécessaires pour reconnaître qu’elle est mal gouvernée.

La démocratie n’est pas le pouvoir des partis sur le peuple. Elle est le pouvoir du peuple sur ceux qui prétendent le représenter.

Elle n’est pas la domination d’une majorité ivre d’elle-même, ni le gouvernement d’une minorité persuadée de sa supériorité morale. Elle est une architecture de libertés, de responsabilités, de limites et de contrôles, animée par des citoyens capables de penser.

Tant que le peuple ne choisira pas réellement ses représentants, nous ne posséderons qu’une démocratie inachevée.

Tant que les partis appartiendront à leurs chefs, nous ne posséderons qu’une oligarchie élective.

Tant que la culture générale demeurera le privilège d’une minorité dispersée, l’espace public restera livré à la propagande, à l’ignorance et aux passions collectives.

Tant que l’idolâtrie des uns répondra à la haine des autres, aucune reconstruction nationale ne sera possible.

On appelle encore cela la démocratie israélienne.

Il serait temps de lui rendre son véritable nom : une partitocratie gouvernée par des oligarchies concurrentes, légitimée par des élections sans choix personnel et protégée par une bêtise politique devenue presque générale.

Et il serait surtout temps de rendre à Israël ce qui lui manque le plus : non pas un chef supplémentaire, mais un peuple véritablement souverain, cultivé et libre.

À propos de l’auteur

Rony Akrich est essayiste, conférencier, fondateur de l’Université populaire gratuite de Jérusalem et d’Ashdod, et enseigne l’historiosophie biblique. Son travail explore les relations entre la pensée biblique, la philosophie, l’histoire, l’éthique et la société contemporaine. À travers ses écrits et son enseignement, il cherche à créer un dialogue entre les sources du judaïsme et la pensée universelle, dans un esprit de recherche, d’approfondissement, de transmission du savoir et de responsabilité.

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