Oui, il faut faire l’éloge de ces femmes. Oui, il faut les honorer. Oui, il faut les glorifier. Non par goût de l’emphase, mais parce qu’elles portent aujourd’hui une part essentielle de l’honneur humain. Ce sont des femmes qui combattent, les armes à la main lorsqu’il le faut, sans armes lorsqu’elles n’ont que leur corps, leur voix, leur refus, leur courage. Ce sont des femmes qui ne demandent pas qu’on les plaigne, mais qu’on reconnaisse ce qu’elles incarnent : la dignité en acte, la liberté en marche, la souveraineté vécue dans la chair du risque.
Les combattantes kurdes, les manifestantes iraniennes, les soldates israéliennes, toutes ces femmes rappellent au monde une vérité que trop d’idéologues voudraient effacer : la liberté n’est pas un slogan de campus, ni un hashtag d’indignation, ni une posture confortable entre deux cafés militants. La liberté est une épreuve. Elle exige de tenir debout quand tout pousse à se soumettre. Elle exige de résister quand le corps a peur, quand l’époque ment, quand les foules applaudissent l’aveuglement. Ces femmes-là ne théorisent pas le courage, elles l’accomplissent.
Il faut en faire des modèles. Oui, des modèles. Car une civilisation qui ne sait plus distinguer ses figures d’élévation de ses figures de décadence est une civilisation déjà malade. Or qu’avons-nous trop souvent sous les yeux ? D’un côté, des femmes qui se battent pour exister pleinement, pour défendre leur peuple, leur liberté, leur avenir. De l’autre, un monde occidental saturé de confort, de confusion mentale, de morale publicitaire, où l’on finit par acclamer l’impuissance, justifier la soumission et travestir la servitude en diversité culturelle.
Il faut avoir le courage de le dire : il y a des femmes qu’on empêche de devenir. Il y a des femmes qu’on recouvre, qu’on enferme, qu’on réduit, qu’on mutile symboliquement au nom de normes prétendument sacrées ou intouchables. Et trop souvent, l’Occident, au lieu de dénoncer cette défaite infligée à la personne humaine, s’agenouille devant elle par peur d’être jugé, par lâcheté intellectuelle, par haine de sa propre mémoire. On appelle respect ce qui n’est parfois que renoncement. On appelle tolérance ce qui n’est parfois qu’abdication. On appelle nuance ce qui n’est souvent qu’une incapacité à nommer l’évidence.
Car enfin, qu’est-ce qu’une société qui détourne les yeux devant l’effacement programmé des femmes ? Qu’est-ce qu’une conscience qui préfère protéger les discours d’oppression plutôt que celles qui les subissent ? Qu’est-ce qu’un humanisme qui se tait quand la dignité féminine est entravée, cachée, surveillée, empêchée ? Ce n’est plus un humanisme. C’est une capitulation morale.
Et pendant ce temps, une part de la jeunesse occidentale se précipite dans la confusion avec une ferveur qui confine à l’absurde. Elle croit combattre le mal, et souvent elle le sert. Elle croit défendre les faibles, et elle s’aveugle sur ceux qui écrasent plus faible encore qu’eux. Elle croit être du côté de l’émancipation, et la voilà fascinée par les signes mêmes de l’asservissement. Elle veut tant faire le bien qu’elle en vient à sanctifier ce qui détruit. Elle veut tant paraître juste qu’elle finit par perdre jusqu’au sens de la justice.
Voilà la grande inversion de notre temps. Des femmes se battent réellement pour la liberté, et des consciences repues les trahissent au nom d’une morale de pacotille. Des femmes risquent leur vie pour défendre l’honneur humain, et des militants de salon relativisent leur combat depuis des sociétés qui ne savent plus ce qu’elles doivent à ceux qui se battent. Des femmes refusent la honte, et d’autres, au nom du progrès, apprennent à admirer les structures mêmes qui produisent cette honte.
Il faut rompre avec cette hypocrisie. Il faut retrouver une hiérarchie morale. Il faut réapprendre à admirer ce qui mérite de l’être. Une soldate israélienne qui défend son peuple, une Kurde qui refuse l’asservissement, une Iranienne qui ose se dresser face à la tyrannie, voilà des figures de grandeur. Voilà des visages de la liberté. Voilà des leçons vivantes. Non pas des abstractions idéologiques, mais des existences qui disent à notre monde ramolli : la dignité n’est pas un mot, c’est un combat.
Oui, il faut les célébrer. Oui, il faut parler de leur grandeur. Oui, il faut rappeler qu’elles sauvent quelque chose que beaucoup d’hommes et de femmes, dans nos sociétés fatiguées, ont déjà abandonné : le sens de l’honneur, le sens de la vérité, le sens du bien commun, le sens de la résistance. Elles ne se battent pas seulement pour elles-mêmes. Elles se battent pour que l’humanité ne tombe pas tout entière dans la honte de la soumission consentie.
Et c’est pourquoi leur combat dépasse leur seule condition féminine. Il touche à la définition même de l’homme libre. Car là où une femme se lève contre la peur, c’est l’humanité qui se redresse. Là où une femme refuse d’être effacée, c’est la vérité qui reprend visage. Là où une femme combat pour la souveraineté de son peuple et la maîtrise de son destin, c’est toute la civilisation qui retrouve un peu de sa colonne vertébrale.
Il faut donc choisir. Soit nous honorons les femmes qui luttent pour la liberté, l’indépendance, la fraternité réelle, et la souveraineté des peuples, soit nous continuons à flatter les illusions d’un monde qui ne sait plus reconnaître ni ses héroïnes ni ses ennemis. Soit nous saluons celles qui se battent pour devenir davantage, soit nous accompagnons en silence les forces qui travaillent à faire de l’être humain un être diminué, voilé, soumis, confus, déraciné.
Pour ma part, je choisis ces femmes debout. Je choisis leur courage contre la lâcheté ambiante. Je choisis leur vérité contre les mensonges compassionnels. Je choisis leur combat contre les postures. Je choisis leur honneur contre l’époque qui confond trop souvent la complaisance avec la bonté. Car il reste encore, dans ces femmes qui résistent, quelque chose de plus grand que toutes les rhétoriques : la preuve vivante que la liberté mérite qu’on se batte pour elle.
Rony Akrich
Écrivain, essayiste et conférencier en Israël. Fondateur en 2018 de l’Université Populaire Gratuite / Café Daat, à Jérusalem et à Ashdod.
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