Loi fondamentale : l’étude de la Torah a été définitivement adoptée en séance plénière de la Knesset, par 63 voix contre 52.
Cette loi vise à établir l’étude de la Torah comme une valeur fondamentale. Certes, dans sa version amendée, la disposition imposant l’égalité des droits entre ceux qui étudient la Torah et ceux qui servent dans l’armée israélienne a été supprimée. Néanmoins, même dans sa formulation actuelle, elle pourrait avoir des conséquences concrètes en offrant une légitimation aux étudiants des yeshivot qui se soustraient à leur obligation légale de servir dans Tsahal. Cette proposition fait craindre une atteinte au principe d’égalité, à l’ordre constitutionnel, à la liberté religieuse et culturelle des Israéliens, ainsi qu’à l’existence même et à la prospérité de l’État. De manière ironique, elle pourrait également porter préjudice au monde de l’étude de la Torah lui-même.
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Ils ont pris la Torah en otage, l’État en location, le peuple pour une réserve électorale et l’Histoire pour un décor de meeting. Ils ont promis la souveraineté, ils ont livré la dépendance. Ils ont promis la fermeté, ils ont organisé la soumission. Ils ont promis une droite nationale, ils ont inventé le nationalisme agenouillé, cette étrange doctrine qui rugit devant les caméras et rampe devant les partenaires de coalition. Ceux qui se présentent comme les gardiens de la nation ne gardent plus que leur majorité, leurs postes, leurs budgets et la fragile arithmétique de leur survie parlementaire. Ils ne gouvernent pas, ils marchandent. Ils négocient la mémoire jusqu’au prochain vote, l’avenir jusqu’au prochain budget, la fidélité jusqu’à la prochaine crise.
Face à eux prospère une bureaucratie du sacré, une religion de guichets, de certificats, d’exemptions, de monopoles et d’interdictions, une religion devenue administration de l’individu, police des gestes, douane des consciences et inspection des cuisines. Tout y est vérifié, sauf le pouvoir. Tout y est réglementé, sauf l’injustice. Tout y est rendu conforme, sauf la nation. On traque l’insecte dans la feuille pendant que les parasites de la vie publique se multiplient. On sépare le lait de la viande avec une gravité cosmique, mais on ne sait plus séparer la foi du privilège, la fidélité du chantage, la Torah de son exploitation politicienne. Le détail est devenu sacré, le destin profane. L’infime est devenu une obsession, l’essentiel une distraction.
Voilà le judaïsme sans hébraïsme : une orthopraxie sans peuple, une mémoire sans avenir, une fidélité sans souveraineté, une religion d’individus correctement réglementés mais privés de toute vision nationale, de toute ambition historique et de toute responsabilité collective. On prononce Israël à chaque phrase, mais on ne pense plus Israël comme sujet de l’Histoire. On parle du peuple élu, mais on ignore le peuple réel, celui qui travaille, paie, sert, combat, souffre, enterre ses morts et maintient le pays debout. Ceux qui vivent protégés par ses institutions distribuent pourtant les certificats d’appartenance à ceux qui portent la nation sur leurs épaules. Ils décident qui peut se marier, qui peut se convertir, qui peut prier, qui peut appartenir. Le peuple leur fournit l’État, ils lui rendent la suspicion. Le peuple leur fournit le budget, ils lui rendent la leçon. Le peuple leur fournit l’armée, ils lui rendent l’exemption.
Pendant ce temps, la Torah biblique est reléguée dans le cimetière des textes admirés. On la lit afin de ne pas l’entendre, on la porte en procession afin qu’elle ne marche surtout pas dans l’Histoire, on la couvre de velours, d’argent, de chants et de baisers pour mieux dissimuler la charge de vérité qu’elle contient. Car la Torah biblique ne parlait pas à une collection d’individus pieux. Elle parlait à un peuple. Elle parlait de terre, de pouvoir, de justice, de pauvreté, de guerre, de corruption, de juges, de rois, de prophètes et de responsabilité. Elle ne demandait pas seulement ce qu’il était permis de manger. Elle demandait quel peuple nous voulions devenir.
C’est précisément cette question qui est devenue insupportable. Trop nationale, trop politique, trop morale, trop dangereuse pour les gestionnaires de la conformité. Il fallait donc remplacer la vocation par la réglementation, l’Histoire par la procédure, le prophète par le contrôleur, le peuple par le secteur et la souveraineté par la négociation. Le problème n’est pas le Talmud, mais le Talmud devenu mur, le commentaire devenu écran, la Torah orale utilisée pour rendre inaudible la Torah écrite. Non point le Talmud comme intelligence, contradiction, inquiétude et débat, mais le talmudisme comme machine à dissoudre toute question collective dans une réponse privée. Le peuple brûle ? Vérifions une mesure. L’État se fracture ? Ouvrons une commission. L’Histoire appelle ? Cherchons une dérogation.
Ils ont réponse à tout, sauf à la question d’Israël. Ils savent protéger la communauté, mais non bâtir la nation. Ils savent réclamer, mais non répondre. Ils savent organiser l’exil, mais non assumer la liberté. Et pourtant ils règnent, parce que la droite leur a remis les clés. Parce que des politiciens sans colonne vertébrale ont préféré sacrifier l’hébraïsme plutôt que leur gouvernement. Parce que ceux qui prétendaient restaurer la souveraineté ont placé l’État sous la tutelle de minorités organisées, disciplinées et expertes en chantage parlementaire.
Ces politiciens n’ont pas été trompés. Ils ont choisi. Ils ont choisi les postes contre le peuple, les accords contre l’avenir, la coalition contre la nation. Ils ont trahi en pleine conscience, avec conseillers, attachés parlementaires, tableaux Excel et conférences de presse. La trahison moderne ne porte plus de poignard, elle porte une cravate. Elle ne se glisse plus dans l’ombre, elle passe en direct. Elle ne dit pas : nous abandonnons. Elle dit : nous prenons nos responsabilités. La responsabilité est devenue le grand mot grâce auquel les faibles maquillent leur obéissance et les cyniques sanctifient leurs calculs.
Ils ont transformé la sainteté en ligne budgétaire, la tradition en monopole, l’Alliance en accord de coalition et Dieu en garant implicite de leurs privilèges. Des exemptions au nom de la Torah, des prébendes au nom de la fidélité, des renoncements au nom de l’unité. Toujours au nom de quelque chose de grand, toujours pour servir quelque chose de petit.
Mais non. Pas au nom du peuple. Pas au nom de la Torah. Pas au nom de l’Histoire.
L’hébraïsme n’est pas cette religion de rentiers identitaires. Il n’est pas la mise sous tutelle d’une nation par ceux qui refusent d’en partager également les charges. Il n’est pas une autorité sans devoir, une identité sans responsabilité, une piété sans peuple. L’hébraïsme est l’entrée dans l’Histoire. Il est la responsabilité collective. Il est la rencontre de l’étude et de l’action, de la mémoire et de la souveraineté, de la sainteté et de la justice publique. Il ne demande pas de brûler le Talmud, mais de cesser d’y enterrer la Bible. Il ne demande pas de haïr les croyants, mais de cesser de courber le peuple devant leurs appareils. Il ne demande pas moins de tradition, mais une tradition assez vivante pour produire un avenir.
Le retour à Sion n’avait pas pour but d’édifier un ghetto doté d’un ministère des Finances, de frontières internationales et d’une armée composée par procuration. Il devait faire renaître un peuple complet, adulte et libre, capable de prier et de combattre, d’étudier et de travailler, de se souvenir et de gouverner. Un peuple, pas une fédération de clientèles. Une nation, pas un marché de privilèges. Une Torah, pas une police d’identité.
Que la droite cesse donc de se dire nationale tant qu’elle préfère sa coalition à la nation. Qu’elle cesse de parler de souveraineté tant qu’elle rampe devant ceux qui la tiennent par quelques sièges. Qu’elle cesse d’invoquer l’Histoire tant qu’elle vend l’avenir au détail. Et que les courtiers du sacré cessent de parler au nom de l’éternité. Ils ne défendent pas l’éternité, ils défendent le prochain budget. Ils ne portent pas la Torah, ils la présentent à la caisse. Ils ne gardent pas Israël, ils le gardent en otage.
Il est temps de libérer la Torah de ses courtiers, l’État de ses maîtres chanteurs, le peuple de ses tuteurs et l’hébraïsme de ceux qui l’ont trahi.
