Le soir de l’alliance et de la mémoire. Par Rony Akrich

by Rony Akrich
Le soir de l’alliance et de la mémoire. Par Rony Akrich

Ce soir n’est pas seulement un soir de souvenir.

C’est un soir d’alliance.

Un soir où le peuple d’Israël se tient entre les larmes et l’espérance, entre les tombes et la vie, entre la douleur de ce qui a été perdu et la responsabilité de ce qui doit encore être bâti.

Car ce soir, nous ne nous souvenons pas seulement de ceux qui sont tombés.

Nous nous souvenons de ceux qui se sont levés.

De ceux qui se sont tenus à la brèche.

De ceux qui ont exposé leur vie afin qu’Israël ne soit plus seulement un nom de promesse lointaine, un souvenir antique ou un verset oublié, mais un peuple vivant, respirant, combattant, bâtissant, enraciné et souverain sur sa terre.

Ils sont tombés pour que ce peuple vive.

Ils sont tombés pour que les enfants d’Israël ne grandissent pas seulement à l’ombre de la peur, mais aussi dans la lumière de l’espérance.

Ils sont tombés pour que l’hébreu ne soit pas seulement une langue de livre, mais une langue de vie.

Pour que Jérusalem ne soit pas seulement un rêve dans la prière, mais une ville debout, vivante, pleine de fils et de filles revenus vers elle.

Pour qu’un peuple dispersé parmi les nations et traqué à travers les royaumes se relève enfin, non comme l’ombre de lui-même, mais comme un peuple qui connaît de nouveau son nom et sa vocation.

C’est pour eux que nous pleurons.

C’est pour eux que nous rendons grâce.

Car leur mémoire n’est pas seulement une douleur : elle est un fondement.

Elle n’est pas seulement un manque : elle est un commandement.

Elle n’est pas seulement un passé : elle est une exigence adressée à nos vies.

Car toute appartenance n’est pas alliance, et toute mémoire n’est pas encore une identité vivante.

Appartenir au peuple d’Israël, au sens profond de l’identité hébraïque, ce n’est pas seulement porter un nom, revendiquer un passé ou s’émouvoir d’un souvenir.

Être Hébreu, c’est porter le fardeau avec son peuple, participer à sa souffrance comme à sa joie, vivre son destin, nouer sa propre existence à la sienne, et dire : là où Israël combat, je combats aussi ; là où Israël bâtit, je bâtis aussi ; là où Israël doit payer le prix de son existence, je ne m’exempte pas.

C’est pourquoi ce soir est aussi un double hommage de reconnaissance.

Un hommage à ceux qui ont combattu et donné leur vie pour rendre possible la résurrection d’Israël dans l’histoire.

Mais aussi un hommage à tous ceux qui, avant même le combat, ont choisi de prendre part à ce retour — en montant sur cette terre, en venant y vivre, en y bâtissant, en y prenant racine, en parlant l’hébreu, en y élevant leurs enfants, en liant leur avenir à celui du peuple, et en acceptant non seulement un droit, mais une responsabilité.

Car la renaissance d’Israël n’est pas née du confort.

Elle n’a pas grandi dans la tranquillité.

Elle n’a pas été offerte par un monde bienveillant.

Elle a été acquise dans la sueur, dans la foi, dans l’épreuve, dans le combat, et dans le sang des meilleurs de nos fils et de nos filles.

Comme la vallée des ossements desséchés vue par Ézéchiel, ce peuple s’est relevé de ses ruines ;

et comme une parole adressée à Sion, un appel nous fut lancé : revenez à la vie, revenez dans l’histoire, revenez à votre responsabilité, redevenez Israël.

Voilà pourquoi ce jour n’est pas seulement un jour de deuil.

C’est un jour de vérité.

Un jour où il apparaît que la souveraineté n’est pas un slogan, mais un joug.

Que la liberté n’est pas un ornement, mais une mission.

Et que l’existence du peuple d’Israël sur sa terre n’a rien d’évident : elle est un miracle renouvelé, à un prix lourd, humain, moral et historique.

Devant la mémoire des soldats tombés, nous n’avons pas le droit de nous contenter des larmes.

Les larmes sont sacrées, mais elles ne suffisent pas.

Nous devons leur ajouter la fidélité.

Nous devons leur ajouter la responsabilité.

Nous devons leur ajouter cette décision intérieure de ne pas abandonner ce qu’ils ont protégé par leur corps, par leur foi et par leur vie.

S’ils sont tombés pour qu’Israël vive,

alors nous devons vivre d’une manière digne de leur chute.

S’ils ont donné leur âme pour que le peuple d’Israël ne redevienne pas un peuple dispersé et impuissant,

alors nous devons garder de toutes nos forces cette noblesse hébraïque relevée ici.

S’ils nous ont ouvert une porte vers l’avenir,

nous n’avons pas le droit de la refermer par mollesse, par oubli, par étrangeté à nous-mêmes ou par honte.

Ce soir, lorsque la sirène fend l’air,

elle n’arrête pas seulement le temps — elle juge les cœurs.

Elle demande à chacun de nous :

êtes-vous dignes d’eux ?

Vous souvenez-vous seulement de leur mort, ou aussi de la mission de leur vie ?

Comprenez-vous qu’Israël n’est pas seulement un refuge, mais une vocation ?

Non seulement un État, mais une exigence ?

Non seulement un droit, mais une alliance entre les générations ?

Heureux le peuple qui sait pleurer ses morts.

Mais plus grand encore est le peuple qui sait poursuivre leur chemin.

Qui ne transforme pas leur mémoire en pierre muette,

mais en souffle vivant dans l’édification de la nation.

Qui ne sacralise pas la mort,

mais sanctifie la vie qui nous a été rendue par eux.

Que le souvenir des soldats tombés soit béni.

Que leur mémoire demeure gravée dans le cœur d’Israël de génération en génération.

Et que leur mort ne soit pas seulement la source de notre deuil, mais aussi la source de notre fidélité.

Car tant qu’Israël vit, tant que l’hébreu résonne dans ses rues, tant qu’un enfant juif grandit libre sur sa terre, tant que ce peuple demeure debout et ne s’agenouille pas, ils continuent de parler en nous.

Que leur souvenir soit béni.

Rony Akrich, 70 ans, écrivain, essayiste et conférencier en Israël, fondateur en 2018 de l’Université Populaire Gratuite / Café Daat (Jérusalem, Ashdod).

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