Un pays modeste, un peuple immense. Par Rony Akrich

by Rony Akrich
Un pays modeste, un peuple immense. Par Rony Akrich

Certains considèrent ce pays comme modeste. Parfois, avec une touche de condescendance, ils parlent d’un « peuple modeste » comme si la grandeur se mesurait uniquement à la taille du territoire et la valeur humaine autant qu’à la densité de population. Il est vrai que ce pays n’est pas grand. Sa population s’étend sur quelques centaines de kilomètres du nord au sud, si bien qu’on peut facilement le voir comme une grande ville sur une carte. Mais c’est là que les gens interagissent, guérissent, se développent, créent, innovent et écrivent. Israël ne devrait pas avoir honte de s’excuser pour sa capacité à transformer des pays arides, créer des universités et des hôpitaux, breveter et publier des œuvres littéraires. Il vit d’une manière si folle qu’il peut sembler presque trop. Israël n’est pas un petit pays et sa plus grande critique semble être qu’il croit ne pas l’être. Mais c’est bel et bien une nation qui espère le faire avec un certain degré de discrétion, de gratitude et une certaine honte d’être un pays, et à cause de cela, elle grandit, examine, débat et remet en question ses propres vérités, ce qui est plus que beaucoup de pays qui semblent être des moralisateurs. Lorsqu’il est attaqué, sa réponse est ferme. Pour certains, c’est inacceptable. Le Juif qui pouvait être expulsé, dépouillé, exterminé et dont la mémoire était célébrée des décennies plus tard sous la bannière d’un palais officiel a disparu. Aujourd’hui, il a une armée, des médecins, des ingénieurs, des agriculteurs, des écrivains et des enfants qu’il souhaite voir prospérer. La vie est la priorité. Et c’est la véritable grandeur d’Israël : non pas la taille de son territoire mais la distance entre son essence et ses actions. Entre le nombre d’habitants et la créativité. Entre les menaces qui l’entourent et sa détermination acharnée à aller de l’avant. Lorsqu’il est frappé, il se relève ; lorsqu’il est détruit, il reconstruit ; et lorsque certains disent qu’il est à sa fin, il ouvre une école, lance une entreprise et vit à nouveau. Beaucoup de ceux qui souffrent ont fait de leur douleur leur identité, mais Israël a réussi à en faire un tremplin. Il a des défauts, comme tout pays. Les citoyens de ce pays sont aussi passionnés par la politique que d’autres le sont par le sport, les gouvernements sont mauvais et les institutions sont critiquées. Mais c’est sa capacité à se remettre en question et à faire avancer les choses qui est la véritable force. La moralité n’exige pas l’impuissance, et la compassion n’exige pas l’oubli. L’espoir de vivre ne devrait pas être un acte d’excuses. Oui, un pays modeste. L’histoire ne mesure pas la grandeur en mètres carrés. Des empires ont conquis des continents et laissé des ruines, tandis que de petites nations ont disparu, emportant avec elles des idées qui peuvent durer des décennies. Israël est l’un d’eux : petite terre, petite nation mais immense mémoire. Et pour ceux qui souhaitent lui enseigner l’art de la discrétion, sa réponse est étonnamment simple : Nous ne sommes pas revenus dans l’histoire pour apprendre à mourir. Nous sommes revenus pour vivre, créer, transmettre et défendre ce que nous avons construit. Ceux qui ont visité trop de cimetières le savent : la grandeur d’une nation est ce qu’elle offre au monde, sa capacité à se défendre contre l’agression, et sa capacité à se relever après une tragédie. Un petit pays ? Mais parfois, il faut beaucoup de gens pour accomplir ce qu’il a fait.

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