Monsieur Vance, souvenez-vous à qui vous parlez! Par Rony Akrich

by Rony Akrich
Monsieur Vance, souvenez-vous à qui vous parlez! Par Rony Akrich

Monsieur le vice-président des États-Unis,

Votre déclaration à l’égard des ministres du gouvernement israélien n’est pas seulement maladroite. Elle n’est pas seulement brutale. Elle n’est pas seulement déplacée. Elle est outrageante, parce qu’elle s’adresse à Israël comme on s’adresse à un obligé, à un dépendant, à un protégé sommé de baisser la voix devant son protecteur.

Vous avez cru rappeler une dette. Vous avez révélé une ignorance.

Vous avez cru parler au nom de la puissance américaine. Vous avez parlé comme si l’histoire commençait avec vos armes, vos budgets, vos contribuables, vos bases et vos intérêts. Vous avez rappelé que des armes américaines avaient protégé Israël. Nous ne l’oublions pas. Israël sait reconnaître ses alliés. Israël sait remercier ceux qui l’aident. Israël n’est pas ingrat.

Mais Israël n’est pas à vendre. Israël n’est pas à louer. Israël n’est pas une dépendance stratégique de Washington. Israël n’est pas une province armée de l’Occident. Israël n’est pas le client silencieux d’une puissance qui paie et qui, parce qu’elle paie, s’imagine pouvoir commander.

Monsieur Vance, souvenez-vous à qui vous parlez.

Vous ne vous adressez pas à une invention diplomatique récente. Vous ne vous adressez pas à un État artificiel, né de la faveur des nations. Vous ne vous adressez pas à une simple base avancée américaine au Proche-Orient. Vous vous adressez au peuple d’Israël, à une nation souveraine, indépendante, revenue dans l’histoire après trois mille ans de fidélité, de douleur, d’exil, de prière, de résistance et de retour.

Vous vous adressez à un peuple qui a vu passer les empires.

L’Égypte a passé.

L’Assyrie a passé.

Babylone a passé.

La Perse a passé.

La Grèce a passé.

Rome a passé.

Byzance a passé.

Les califats ont passé.

Les royaumes chrétiens ont passé.

Les empires coloniaux ont passé.

Les totalitarismes ont passé.

Israël demeure.

Cela ne rend pas Israël infaillible. Cela ne rend pas ses gouvernements au-dessus de la critique. Cela ne dispense pas Israël de justice, de prudence, de lucidité, de responsabilité. Mais cela interdit à quiconque, fût-il vice-président des États-Unis, de parler à Israël comme à un débiteur moral que l’on humilie devant les caméras.

Votre nation a deux cent cinquante ans. La nôtre porte trois mille ans de mémoire. Cette différence n’est pas un argument d’orgueil. C’est une donnée historique. Elle devrait inviter à la mesure, à la décence, à la prudence. Lorsque vous pointez du doigt Israël, Monsieur Vance, n’oubliez jamais vers qui vous le pointez. Vous ne pointez pas seulement un gouvernement. Vous pointez un peuple revenu de tous les tombeaux où l’histoire avait voulu l’enfermer. Vous pointez une mémoire que les empires n’ont pas réussi à effacer. Vous pointez une souveraineté payée par des siècles de larmes, de sang, de fidélité et de courage.

Adressez-vous de cette manière, si vous le souhaitez, à vos citoyens juifs exiliques. Adressez-leur votre leçon de prudence, votre morale du silence, votre pédagogie de la dette. Dites-leur, si cela vous chante, qu’ils doivent mesurer leurs paroles parce qu’ils dépendent de la bienveillance du pouvoir. Mais n’oubliez jamais ceci : Israël n’est plus l’exil. Israël n’est plus le Juif toléré par les princes. Israël n’est plus la communauté priée de se faire discrète pour ne pas irriter les puissants. Israël n’est plus le peuple sans armée, sans terre, sans voix, sans gouvernement, sans capitale, sans langue politique.

Israël est revenu.

Il est revenu dans sa langue.

Il est revenu sur sa terre.

Il est revenu dans sa souveraineté.

Il est revenu dans sa responsabilité.

Il est revenu dans l’histoire.

Et c’est précisément ce retour qui vous échappe.

Vous parlez d’armes. Nous parlons d’existence. Vous parlez de contribuables. Nous parlons d’enfants courant vers les abris. Vous parlez de matériel militaire. Nous parlons de villes menacées, de familles endeuillées, de soldats tombés, de frontières percées, de tunnels, de missiles, d’otages, de survivants, de mémoire. Vous parlez de facture. Nous parlons de destin.

Ne comparez pas trop vite les comptes, Monsieur Vance. Le contribuable américain paie des armes. Le peuple israélien paie son droit de vivre dans la chair de ses fils et de ses filles. Il paie par ses nuits interrompues, par ses enterrements, par ses réservistes rappelés, par ses familles suspendues à l’annonce d’un nom, par ses enfants nés dans un pays où l’on apprend trop tôt le chemin des abris. Certaines factures ne se règlent pas en dollars.

Votre déclaration est d’autant plus grave qu’elle intervient au moment où l’Amérique prétend imposer comme victoire un accord qui laisse à l’Iran ses ambiguïtés, ses missiles, ses marges, son temps, son récit, ses leviers. Vous demandez à Israël de se réveiller. Mais Israël est éveillé depuis longtemps. Israël n’a pas besoin que Washington lui explique ce qu’est l’Iran. Israël sait ce que signifie un régime qui promet sa disparition. Israël sait ce que valent les délais accordés aux dictatures. Israël sait qu’une signature ne désarme pas une volonté. Israël sait que les papiers peuvent rassurer les capitales lointaines tout en préparant les deuils des peuples en première ligne.

Vous dites que le problème d’Israël n’est pas Donald J. Trump. Peut-être. Mais le problème d’Israël peut devenir tout accord qui renforce ses ennemis, toute diplomatie qui transforme une menace en partenaire, toute mise en scène qui confond la signature d’un mémorandum avec la neutralisation d’un danger. Le problème d’Israël n’est pas l’ego d’un président américain. Le problème d’Israël est la sécurité de son peuple.

Et aucun allié, même le plus puissant, même le plus précieux, même le plus nécessaire, n’a le droit d’exiger d’Israël qu’il taise son inquiétude lorsque son existence est en jeu.

Il faut le dire avec force : la gratitude n’est pas la servitude. L’alliance n’est pas la vassalité. Le soutien militaire n’est pas un acte de propriété. L’amitié n’autorise pas l’humiliation. La puissance ne donne pas le droit à l’insulte.

Israël respecte l’Amérique. Israël sait ce qu’il doit à l’alliance américaine. Israël sait aussi ce que l’Amérique doit à Israël : un allié fidèle, une puissance de renseignement, d’innovation, de défense, de courage opérationnel, une démocratie combattante dans une région où tant d’États ont été capturés par la peur, la corruption, la tyrannie ou les milices. L’alliance n’est pas une aumône unilatérale. Elle est une relation d’intérêts, de valeurs, de combats partagés et de bénéfices réciproques.

Monsieur Vance, si vous voulez parler à Israël, parlez-lui en allié. Parlez-lui avec franchise, avec fermeté même, mais aussi avec respect. Ne lui parlez pas comme à un enfant désobéissant. Ne lui parlez pas comme à un client trop bruyant. Ne lui parlez pas comme à un peuple tenu en laisse par les livraisons d’armes américaines.

Car Israël n’a pas retrouvé sa souveraineté pour devenir le pensionnaire armé d’un empire ami.

Israël n’est pas un protégé qui baisse les yeux.

Israël n’est pas une communauté exilique qui tremble devant le gouverneur.

Israël n’est pas une délégation suppliante dans l’antichambre des puissants.

Israël est un État souverain, un peuple debout, une histoire vivante.

Vous pouvez rappeler vos avions. Nous rappellerons notre retour.

Vous pouvez rappeler vos missiles. Nous rappellerons notre mémoire.

Vous pouvez rappeler vos budgets. Nous rappellerons Jérusalem.

Vous pouvez rappeler vos contribuables. Nous rappellerons nos morts.

Vous pouvez rappeler votre puissance. Nous rappellerons notre permanence.

Et cette permanence devrait vous instruire.

Car l’Amérique, si grande soit-elle, n’est pas éternelle. Aucun empire ne l’est. Les puissances montent, dominent, commandent, se fatiguent, doutent, reculent, passent. Israël, lui, a appris à ne pas mesurer son destin à la durée de vie des empires. Il traite avec eux, il s’allie avec eux, il leur parle, il les respecte, mais il ne leur remet pas son âme.

Lorsque vous pointez Israël du doigt, Monsieur Vance, souvenez-vous de cette vérité simple : ce doigt est plus jeune que l’histoire qu’il accuse. Ce doigt appartient à une puissance récente face à une mémoire antique. Ce doigt croit rappeler un coût, mais il ignore le prix. Ce doigt désigne un État, mais il atteint un peuple.

Et ce peuple répondra.

Il répondra sans haine, mais sans peur.

Sans ingratitude, mais sans soumission.

Sans arrogance, mais sans abaissement.

Il répondra que l’amitié américaine est précieuse, mais que la dignité d’Israël n’est pas négociable. Il répondra que l’alliance est nécessaire, mais que la souveraineté est sacrée. Il répondra que l’aide militaire peut renforcer une armée, mais qu’elle ne fonde pas le droit d’un peuple à vivre. Il répondra que Washington peut fournir des armes, mais ne peut pas fournir une âme. Il répondra qu’aucun président américain, aucun vice-président américain, aucun Congrès, aucune administration, aucune puissance étrangère ne détient le titre de propriété de l’histoire juive revenue à Sion.

Voilà ce que vous devez entendre, Monsieur Vance.

Israël n’est pas votre obligé.

Israël n’est pas votre débiteur historique.

Israël n’est pas votre élève humilié.

Israël n’est pas votre vassal.

Israël est un peuple souverain, indépendant, porteur d’une histoire trimillénaire, encore et toujours présent sur la scène de l’histoire.

Et lorsque cette présence dérange, lorsque cette parole souveraine irrite, lorsque cette liberté offense ceux qui confondent aide et droit de commandement, alors il faut le redire plus haut encore : nous remercions nos alliés, mais nous ne nous agenouillons devant personne.

Rony Akrich

Écrivain, essayiste et conférencier en Israël.

Fondateur de l’Université Populaire Gratuite / Café Daat, créée en 2018 à Jérusalem et Ashdod.

Il consacre son travail à la transmission de la pensée hébraïque, de la philosophie, de la culture générale et d’une parole libre sur les enjeux spirituels, moraux, historiques et politiques de notre temps.

© Rony Akrich, 2026. Tous droits réservés.

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