Hamas: présent!
Hezbollah: présent!
Houthis: présent!
L’Iran présent!
La Cocotte-Minute de Judée-Samarie attendant son moment propice.
Il ne s’agit plus d’une menace isolée, d’un seul front, d’un incident ponctuel, d’une nouvelle « escalade limitée » que l’on pourrait gérer depuis les plateaux de télévision, les cabinets ministériels ou les salles de briefing. C’est un cercle de feu. C’est une réalité suffocante. C’est une guerre globale, même lorsque l’on refuse obstinément de lui donner son nom.
Vous parlez haut, très haut, de sécurité, de puissance, de responsabilité nationale, de dissuasion, de gestion du conflit, de réponse mesurée, de neutralisation ciblée. De beaux mots, des mots ordonnés, des mots qui donnent l’impression qu’il y aurait derrière eux une pensée, une politique, une finalité. Mais sur le terrain, là où le soldat se tient face au drone, face au missile, face à la cellule terroriste, face à l’embuscade, face à une frontière devenue un espace permanent de danger, ces mots sonnent creux. Ils ressemblent à un écran de fumée. À une tentative de recouvrir la vérité la plus simple et la plus douloureuse : il n’y a pas de finalité.
Vous n’avez pas de réponse aux drones du Hezbollah.
Vous n’avez pas de réponse au terrorisme venu du Liban.
Vous n’avez pas de réponse au Hamas qui n’a pas disparu.
Vous n’avez pas de réponse aux Houthis, qui ont transformé la distance géographique en plaisanterie stratégique.
Vous n’avez pas de réponse à la Judée-Samarie, cette montagne brûlante sous nos pieds, ce lieu où chaque hésitation peut devenir demain une explosion.
Et nos soldats sont là, en première ligne. À la frontière. Au barrage. Dans l’embuscade. Dans le véhicule. Sur le terrain découvert. Entre une décision qui n’a pas été prise et un ordre qui n’a pas de but clair. Ils paient de leur corps et de leur âme le prix du verbe vide. Ils deviennent, sous nos yeux, des victimes presque gratuites dans le terrain de chasse des barbares.
Car c’est ainsi que cela apparaît depuis la rue. C’est ainsi que cela résonne dans les maisons inquiètes. C’est ainsi que cela se vit dans le cœur des parents qui ne savent pas si leur fils reviendra. Des soldats sont envoyés encore et encore sur un terrain où l’ennemi nous étudie, nous mesure, nous teste, repère notre peur, notre hésitation, notre addiction à la retenue, à la gestion, à la réponse proportionnée, à la neutralisation. Et il comprend. Il comprend que l’État le plus puissant du Moyen-Orient est devenu, trop souvent, prisonnier de son propre langage. Prisonnier de ses concepts. Prisonnier de ses briefings. Prisonnier d’une peur déguisée en prudence.
Encore un terroriste neutralisé. Encore une cellule neutralisée. Encore un lanceur neutralisé. Encore un drone intercepté. Encore une réussite tactique au cœur d’un échec stratégique prolongé. Mais un peuple ne vit pas de neutralisations. Une armée n’existe pas seulement pour neutraliser, encore et encore, les symptômes d’une menace que personne n’ose déraciner. Des soldats ne naissent pas pour devenir des cibles permanentes face à un ennemi qui connaît parfaitement la faiblesse de notre attente.
Les commandants qui ne parlent que de neutralisation doivent enfin nous expliquer : quelle est la finalité ?
Où nous conduisez-vous ?
Combien de temps encore durera ce jeu cruel entre l’attaque et la riposte, entre le deuil et le communiqué officiel, entre la larme et la retenue ?
Le but est-il de survivre à un nouveau titre de journal ?
À une nouvelle semaine ?
À un nouveau sondage ?
À un nouveau cycle ?
Un pays entier doit-il s’habituer à voir ses fils envoyés au front sans que soit prononcé le mot le plus simple : pourquoi ?
La finalité n’est pas seulement un mot philosophique. La finalité est une obligation morale. Elle est la différence entre le sacrifice et l’abandon. Elle est la différence entre l’héroïsme et l’usage cynique de l’héroïsme. Elle est la différence entre une armée qui protège son peuple et un peuple que l’on habitue à enterrer ses protecteurs.
On ne peut pas demander à un soldat de donner sa vie sans lui dire pourquoi. On ne peut pas envoyer toute une génération au feu au nom d’une stratégie sans fin, sans courage, sans décision. On ne peut pas continuer à envelopper chaque échec dans de belles formules, dans des communiqués officiels, dans des slogans sur la complexité, la responsabilité, la dissuasion et la patience stratégique. Il arrive un moment où le langage cesse d’expliquer la réalité et commence à la dissimuler.
Assez de politiciens qui parlent haut sans finalité. Assez de ministres qui enchaînent les interviews comme si la rhétorique pouvait remplacer la politique. Assez de porte-parole qui endorment le public avec des phrases blanchies. Assez de dirigeants qui parlent de force tout en administrant la faiblesse, qui parlent de victoire tout en s’habituant à l’attente, qui parlent de sécurité tout en laissant les soldats exposés.
Et assez aussi de généraux qui remplacent la décision par la neutralisation. Une armée n’est pas seulement une machine à réponses ponctuelles. Une armée est un instrument de souveraineté, de protection, de décision, de restauration de la sécurité pour ses citoyens et pour ses soldats. Lorsque l’armée est contrainte, encore et encore, de gérer une situation intenable au lieu de la transformer, lorsqu’elle doit se contenter de réussites tactiques tandis que l’échec stratégique se prolonge, le simple soldat devient celui qui porte sur ses épaules la peur de la direction politique.
Le Hamas, le Hezbollah, les Houthis sont encore et toujours là. La Judée-Samarie gronde, le Nord saigne, le Sud est estropié, l’arrière est tendu et la direction du pays agit encore comme si nous avions le luxe d’attendre.
Nous n’avons plus le temps pour une retenue vide. Nous n’avons plus le temps pour les illusions. Nous n’avons plus le temps pour une langue qui rassure les écrans et abandonne le terrain. Nous n’avons plus le temps pour des dirigeants qui ont peur de dire la vérité : Israël est encerclé, testé, défié, et chaque faiblesse de notre part devient une invitation à la prochaine frappe.
Cette protestation n’est pas un appel à une vengeance aveugle. Elle n’est pas un cri sauvage. Elle n’est pas l’exigence d’abandonner encore davantage de vies au nom d’un autre slogan. Au contraire. Elle est une exigence de responsabilité. Une exigence d’intelligence. Une exigence de politique dotée d’une colonne vertébrale. Une exigence d’une direction qui comprenne que la vie des soldats n’est pas une monnaie d’échange sur le marché national des slogans.
Nous exigeons une finalité. Nous exigeons la vérité. Nous exigeons la décision. Nous exigeons des comptes. Nous exigeons que celui qui envoie des soldats au front sache leur dire, se dire à lui-même, et dire au peuple tout entier pourquoi ils sont envoyés, ce que l’on cherche à obtenir, où passe la frontière entre le sacrifice nécessaire et l’abandon impardonnable.
La vie des soldats d’Israël n’est pas à l’abandon. Ils ne sont pas des pions. Ils ne sont pas des chiffres dans un communiqué militaire. Ils ne sont pas un titre fugitif au journal du soir. Ils sont les enfants de quelqu’un. Les frères de quelqu’un. Les aimés de quelqu’un. Ils sont l’âme vivante d’un peuple qui veut vivre, et non seulement survivre d’enterrement en enterrement.
Je le dis de manière claire et sans ambiguïté : tant que nos soldats se trouvent au Sud-Liban sans manœuvre clairement définie, sans objectif opérationnel précis, et sans véritable protection contre les drones explosifs et les missiles antichars avancés, ils sont exposés inutilement. S’il n’y a ni finalité, ni protection, ni décision, Tsahal doit retirer immédiatement ses forces du Sud-Liban. La vie des soldats d’Israël n’est pas une déclaration politique. Elle n’est pas un symbole vide de fermeté. Nos soldats ne doivent pas devenir des cibles vivantes dans un terrain de chasse.
Rony Akrich
Écrivain, essayiste, penseur et conférencier en Israël
Fondateur de l’Université Populaire Gratuite – Café Daat
Jérusalem et Ashdod.
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