L’une des affaires les plus graves révélées récemment montre à quel point le danger d’atteinte aux mineurs n’est pas toujours visible à l’œil nu. À l’unité 105, on souligne que les suspects ne sont pas nécessairement des délinquants issus des marges de la société, mais des personnes qui semblaient parfaitement normales aux yeux de leur entourage : des parents, des voisins, des employés, des membres de famille. Selon les enqueteurs, c’est précisément l’absence de signe extérieur évident chez les agresseurs qui rend le danger particulièrement grave. L’atteinte peut commencer par un brouillage des limites et des échanges en ligne, puis se dégrader rapidement en actes graves dans le monde réel. Lorsqu’il s’agit d’un parent ou d’une personne proche de l’enfant, le niveau de dangerosité est particulièrement élevé, car le mineur se trouve parfois dans le même espace domestique que celui où l’atteinte se produit. Le parquet de l’État avertit que, ces dernières années, une hausse inquiétante des infractions sexuelles contre des mineurs dans l’espace numérique a été constatée, parfois même au sein de la cellule familiale elle-même.
La violence, la drogue, le sexe devenu marchandise, le libertinisme érigé en liberté, la pédophilie qui rôde dans les zones obscures de la société, l’hédonisme sans frein, l’argent comme dieu silencieux, le plaisir comme seule loi, l’individualisme comme nouvelle religion : tout cela frappe aujourd’hui la société israélienne de plein fouet. Non pas à la marge. Non pas seulement dans quelques quartiers perdus, dans quelques milieux abîmés, dans quelques cercles déjà condamnés par avance. Non. Cela traverse tous les niveaux, toutes les classes sociales, toutes les appartenances, toutes les croyances, tous les langages, tous les uniformes et toutes les façades.
Il ne faut plus se raconter d’histoires. Le mal n’est pas seulement dehors. Il n’est pas seulement chez l’ennemi, chez l’autre, chez celui que nous désignons pour nous éviter d’avoir à nous regarder nous-mêmes. Il est aussi dans nos maisons, dans nos écoles, dans nos rues, dans nos écrans, dans nos conversations, dans nos silences. Il est dans cette fatigue morale qui nous fait tout accepter, tout relativiser, tout banaliser. Il est dans cette incapacité grandissante à dire non. Non à l’abaissement. Non à la vulgarité. Non à la corruption des âmes. Non à la transformation de l’être humain en consommateur de sensations.
L’homme moderne est devenu insatiable. Il veut tout, tout de suite, sans dette, sans mémoire, sans limite et sans gratitude. Il reçoit la vie comme un dû, la liberté comme un caprice, le pays comme un décor, l’autre comme un instrument. Il ne sait plus remercier, car remercier suppose de reconnaître que l’on n’est pas l’origine de tout. Il ne sait plus se contenir, car se contenir suppose de croire qu’il existe quelque chose de plus grand que soi. Il ne sait plus transmettre, car transmettre suppose d’avoir reçu autre chose que des slogans, des envies et des blessures.
Nous avons bâti un État, mais avons-nous bâti une âme collective capable de le porter ? Nous avons une armée, une économie, une technologie, des universités, des routes, des tours, des écrans, des marchés, des fêtes, des slogans patriotiques. Mais avons-nous encore les vertus fondamentales sans lesquelles aucune société ne demeure debout ? La pudeur, la responsabilité, la fidélité, la maîtrise de soi, la parole donnée, le respect de l’enfance, la dignité du corps, le sens de la limite, la gratitude envers les générations passées, la crainte de détruire ce qui nous a été confié.
Une civilisation ne s’effondre pas seulement quand ses ennemis franchissent ses frontières. Elle s’effondre d’abord quand ses enfants ne savent plus pourquoi ils doivent vivre autrement que comme des bêtes intelligentes. Elle s’effondre quand l’argent remplace l’honneur, quand le plaisir remplace la joie, quand le désir remplace l’amour, quand l’opinion remplace la pensée, quand l’écran remplace la présence, quand la provocation remplace la profondeur. Elle s’effondre lorsque l’homme, au lieu de s’élever, exige que tout descende à son niveau.
Israël ne peut pas devenir une société comme les autres. S’il devient une société ordinaire, livrée aux mêmes idolâtries, aux mêmes décadences, aux mêmes vertiges du moi, alors il trahit sa vocation la plus ancienne. Car Israël n’a pas été rappelé à la souveraineté pour imiter les civilisations qui se décomposent. Il n’a pas retrouvé sa terre pour y importer les ruines spirituelles de l’Occident fatigué. Il n’a pas traversé l’exil, les persécutions, les humiliations et les massacres pour devenir, enfin libre, une simple société de consommation, ivre de son confort et malade de son vide.
La question n’est donc plus seulement politique. Elle est morale. Elle est existentielle. Elle est biblique. Quel type d’homme voulons-nous former ici ? Un homme cupide, bruyant, arrogant, obsédé par son plaisir, incapable de gratitude et de retenue ? Ou un être responsable, habité par une mémoire, tenu par une parole, capable d’aimer sans posséder, de jouir sans se détruire, de réussir sans mépriser, de combattre sans perdre son âme ?
Le combat d’Israël n’est pas seulement contre ses ennemis extérieurs. Il est aussi contre la décomposition intérieure qui menace toute société ayant oublié que la liberté sans vertu devient licence, que la puissance sans justice devient brutalité, que la modernité sans âme devient barbarie polie.
Il est temps de le dire clairement : aucune armée ne sauvera une société qui ne veut plus éduquer ses enfants. Aucune technologie ne remplacera la formation morale. Aucune prospérité ne guérira une âme collective malade de vide. Aucun discours religieux ne suffira si la religion devient façade, appartenance tribale ou routine sans exigence. Aucun patriotisme ne tiendra longtemps si l’amour du pays ne s’accompagne pas d’un amour exigeant de la vérité, de la dignité et de la responsabilité.
Nous n’avons pas besoin d’une morale de façade. Nous avons besoin d’un relèvement. D’un retour aux vertus premières. D’un refus net de la vulgarité organisée. D’une reconstruction de l’homme intérieur. D’un peuple qui cesse de confondre liberté et abandon de soi. D’une société qui comprenne enfin que le plaisir n’est pas un destin, que l’argent n’est pas une grandeur, que l’individu n’est pas un dieu, et que sans transmission, sans pudeur, sans responsabilité, sans verticalité, il ne reste qu’un troupeau moderne, agité, connecté, mais spirituellement désert.
Israël doit redevenir le lieu où l’homme apprend à ne pas se suffire à lui-même. Le lieu où la force rencontre la justice. Où la liberté rencontre la loi. Où le désir rencontre la limite. Où la mémoire rencontre l’avenir. Où l’être humain comprend que vivre ne consiste pas seulement à consommer le monde, mais à répondre de lui.
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